Il en avait certainement eu l’idée dès son arrivée à Rome. Divers projets avaient été faits sans trouver de suite. Il avait invité son voisin de dessous, chez PATRIARCA, un abbé DAMOURETTE, qui écrit : "Il me proposa de faire avec lui le pèlerinage de Notre-Dame de Lorette. Mais la distance de Rome à Lorette est très considérable et je n'aurais pas osé faire ce voyage a pied, malgré mon désir de faire avec ce saint homme un pèlerinage aussi pieux et aussi consolant pour un cœur sacerdotal (N-D 101)II. Son directeur spirituel lui en ayant donné l'autorisation, il va faire le pèlerinage sous sa forme "héroique", seul, a pied, mendiant son pain, couchant la où on le recevrait (carte).

 

Des pèlerins a pied, il y en avait encore beaucoup à son époque. Mais des hôtelleries existaient à intervalles réguliers. La route était bonne et carrossable. Pour le passage de Charles-Quint, le Pape avait fait faire d'importants travaux de voirie. Montaigne note que dans la plaine du côté de Foligno, on avait rectifié et élargi la route, à la grande colère des paysans, qui grognaient, non pas tant a cause des bonnes terres qu'ils perdaient, mais du dédommagement insuffisant qu'on leur accordait. A l'heure des autoroutes et du TGV cela n'a pas changé. Montaigne avait fait la route en voiture, en deux-chevaux de l'époque, avec un vetturin' comme conducteur. Il avait mis quatre jours et demi en notant les haltes de midi et les arrêts pour la nuit.

Nous retrouvons ces noms avec les distances parcourues dans le petit carnet ou le Père a consigné ses étapes. Montaigne voyageait en gentilhomme et en homme de lettres, désireux de faire de la belle littérature, et sa litteérature est intéressante à lire. LIBERMANN, bien sûr ne le connaissait pas.

 

Il connaissait sans doute un autre pèlerin, plus proche de lui dans le temps, Saint Benoit-Joseph LABRE, le saint clochard, car clochard il était, avec tout ce que cela évoque. A la fin de sa vie, il s'était établi a Rome, où il allait rester très populaire (mort en 1783). Onze fois, il a fait le pèlerinage de Lorette, en clochard bien sûr. Il mettait au moins onze jours, car, comme la chèvre de Monsieur Seguin, il aimait gambader en dehors des sentiers battus. Il a expliqué pourquoi il ne logeait pas dans les hôtelleries des pauvres : on y rencontrait de tout, des pèlerins, bien sûr, mais aussi des charretiers, des laquais, des marchands ambulants et autres gens du voyage, souvent avinés le soir, braillards, mauvais coucheurs, c'est le cas de le dire. On entendait plus de jurons que de Je-vous-salue-Marie. LIBERMANN devait être au courant de cela ou alors il s'en rendra compte très vite.

 

Il emporte aussi ses papiers et même un peu d'argent, pour ne pas se faire arrêter comme vagabond lors d'un contrôle de la maréchaussée pontificale, car il n’y avait pas seulement des relais, il y avait aussi des postes de gendarmerie et une espèce de police montée.

 

L'abbé DUPONT rapporte que, dans une lettre malheureusement perdue, LIBERMANN écrit : "Mon extérieur est si misérable que plusieurs fois je fus, dans mes voyages, pris pour un malfaiteur, et sur le point, comme tel, d’être jeté en prison". Admettons, même si, quand il s’agit de son extérieur, son humilité lui en fait rajouter. En tout cas, il ne fut jamais arrêté. Le voilà donc sur le départ, dans son costume ecclésiastique un peu défraîchi, avec son manteau qui va donner lieu à un incident burlesque, son tricorne, son bâton de pèlerin et le sac ou la besace contenant l'indispensable.

 

Vous avez eu le temps de vous imprégner de cette carte ; elle est moderne, mais recouvre dans l'ensemble les Etats Pontificaux. La route de Lorette est soulignée ; il manque un petit bout en haut. Un guide de l'époque donne comme distance 176 mi1les. Le mille dont il s'agit est le mille romain, celui que connaissaient déjà les légionnaires de Jules César. Il s'agit de mille pas ; le pas romain correspond à un double pas pour nous, la distance entre le point d'appui successif du même pied, donc environ 1,50 m. Le mille vaut 1,5 km environ. Cela faisait de Rome a Lorette près de 270 km, un peu plus aujourd'hui. Le Père LIBERMANN en a fait bien plus, surtout au retour, nous verrons comment. A raison de 30 km et plus par jour, il faut donc huit a neuf jours, le double du temps mis en voiture.

 

Le Père est parti de Rome le 13 novembre s c'était l'anniversaire de sa conversion ; c’était le jour où a Paris le Pere LAVAL se consacrait a l'apostolat des Noirs (cela il ne le savait pas). Pour l'aller, son carnet ne donne des renseignements précis qu'à partir de Foligno. Mais on peut supposer qu’il a fait les mêmes étapes qu'au retour : Baccano, Borghette, Narni, Spoleto, Foligno, Casenove, la Muccia, pour le reste, on verra...

 

 

Nous, pèlerins pressés de novembre 1989, nous partons de notre Maison généralice, au Monte Mario. La vue est prise depuis la terrasse située à côté de la chambre du Père Général. Vous voyez que le successeur du Père LIBERMANN domine le Vatican, au moins géographiquement et de loin. Le Père François NICOLAS, assistant général a exploré la première étape, a pied, s'il vous plait, à ses risques et périls, car pour un piéton, les routes italiennes sont au moins aussi dangereuses de nos jours qu'il     y a deux cents ans.

 

 

Il faut suivre l'antique via Cassia, ainsi que c'est inscrit sur cette maison de cantonniers, fraîchement repeinte ; nous sommes exactement à 30 km de Rome.

 

Maintenant le photographe malin remonte dans le temps pour retrouver la vieille auberge, avec le pauvre pèlerin agenouillé au milieu de la route et le riche cavalier. Remarquez le clocheton muni de sa croix. Le photographe revient au 5 novembre 1989 : il se trouve toujours au même endroit, mais le décor a un peu change. Rapprochons-nous encore. A peu de choses près, c'est le même bâtiment ; en réalité l’intérieur est devenu un motel de luxe. Le restaurant peut servir trois a quatre cents repas (des couverts avec quatre verres !) Un employé nous dit (nous prenant sans doute pour d'éventuels clients) : « Voyez donc l'ancienne chapelle »(transformée en salle à manger intime). Elle se trouve en-dessous du

clocheton et la vieille fresque est restée. Un rayon de soleil opportun me permet de la photographier furtivement. Peut-être le Père LIBERMANN l'a-t-il contemplée assis­tant à la messe le matin, car il s'ingéniait à assister à la messe chaque matin. Si le premier jour, il a été à l'auberge, c'est plutôt en face. Voilà qui a moins belle allure. Le bâtiment doit être ancien, car comme le motel, il porte le blason des Etats Pontificaux ce qui nous fait remonter avant 1870.

 

Peut-être faut-il placer là l'épisode du manteau, l'incident le plus connu de ce pèlerinage, celui sur lequel on a le plus brodé. Si la soutane du pèlerin devait être convenable, le manteau était fort rapiécé. Pendant la nuit, un mauvais plaisant va y fixer quelques morceaux d'étoffe de couleur variée. Le matin, il fait encore sombre, LIBERMANN ne s'en est pas rendu compte tout de suite, plongé qu'il était dans son oraison. Devant les réactions qu'il provoquait sur son passage, il a dû remettre de l'ordre dans son vêtement, du moins aussi bien qu'il le pût. Le manteau, lui, n'a pas survécu au pèlerinage.

 

Jusqu'à Foligno, les autostrades et voies rapides ont bouleversé la voirie ancienne. On peut tout au plus saluer un bourg ou une ville perchée sur sa colline. Et nous arrivons, au-delà de Foligno (150.000 habitants aujourd’hui) a l'entrée des Apennins. Mon guide, le père Maurice GOBEIL, canadien, avait repéré cet endroit, La Strettura. LIBERMANN parle de La Struttura, mais ce n'est pas ici. Je salue le Père HËYRAUD, notre chauffeur. La nouvelle route ne passe plus par le village.

 

 

Avant Pale, la contrée devient sauvage, et je place là l'histoire des deux brigands. Des brigands il y en a toujours eu et ce n'est pas fini. Donc LIBERMANN voit tout a coup devant lui deux hommes à la mine patibulaire, comme on dit. Que faire ? Le pèlerin va vers eux d'un pas qu'il essaye de rendre naturel ; il engage la conversation, leur demandant, dans son italien approximatif, des renseignements sur le pays. Les deux malandrins sont surpris et se demandent ce qu'ils vont faire de ce menu fretin. Mais à grand fracas une carriole survient et les deux déguerpissent. LIBERMANN est sauvé peut-être a-t-il profité de l'occasion pour faire du charrette-stop sur un mille ou deux.

 

Du côté de Casenove (casenuove), le père parle d’une maison qui a l'air d'une auberge. C'est sans doute ici. Le rez-de-chaussée est inoccupé. Vous voyez deux plaques de marbre, dont les inscriptions sont presque illisibles.

 

Le Père HEYRAUD a pu déchiffrer qu'un saint Léonard avait passé la nuit ici (St Léonard de Port Maurice,célèbre missionnaire franciscain, qui s’appelait d'ailleurs Casanuova. Entre autres faits mémorables, il avait converti un bandit fameux. Mais, envoyé en Corse pour y mettre de l’ordre, il échoua dans sa mission. On n'a pas mieux fait jusqu'à présent).

 

La maison en face a belle allure; c’était pour les pèlerins huppés. Il s'agit bien de Casenove ; vous voyez la bicoque au fond. Avec un peu de chance vous

arrivez même a lire, à gauche, quelle distance nous sépare de Rome. Dans l'autre direction, on voit mieux ce qui nous reste à parcourir jusqu'à Lorette. On devine l'ancien chemin a droite. La route monte jusqu'à plus de 800 m. pour

redescendre ensuite, a travers une campagne qui semble riche, vers Colfiorito, puis à Serravalle del Chienti (Chienti est le nom de la rivière), dont voici l'entrée. La vallée, comme le nom l'indique, est extrêmement étroite. Une anecdote qui nous montre que nous sommes en montagne : en septembre 1860, les zouaves pontificaux campent en-dessous de Spolète, quand ils apprennent

l'invasion de la Marche par les Piémontais. Ils se mettent en route le 13 au matin. Il fait tellement chaud dans la montée vers Spoleto, qu'il y eut une dizaine d'insola­tions, mais le lendemain soir, à Serravalle,   on doit bivouaquer sous la neige. (Le 17 ils sont à 3 km de Lorette et le 18 ils se font battre a Castelfidardo).

 

Le carnet de LIBERMANN est quelque fois diffi­cile à comprendre ; il parle ici de Stochi, qui ne figure sur aucune carte. On a voulu y voir Sorti, mais c'est loin

dans la montagne et difficile d'accès. Peut-être est-ce une note pour signaler l'existence d’un ermitage.

 

Nous continuons en direction de La Muccia. Le pèlerin y a passé certainement au retour, venant de Macerata, Tolentino et Valcimara. C'était un relais important.                          A l'aller, le Père quitte la route directe et oblique vers le nord,        sans donner d'explications. Nous le suivons. Cela nous permet d’admirer ce magnifique castel, puis de découvrir Camerino, tellement large sur sa colline    qu'il faut deux dias pour la voir dans son entier. Il faut dire que c'est le siège d'un archevêché et d'une université. Plus loin, après une autre petite ville, Castelraimondo, LIBERMANN note "quelques maisons sur le bord de la route". Elles sont là, celle pour les gens bien à gauche, avec le clocheton (mais personne pour nous faire voir la chapelle). En face, c'est moins reluisant. Même l'antenne de télévision n'est pas droite !

                       

Jetons encore un regard sur San Severino ; c'est aussi le siège d'un évêché (dans ce pays, il y a des évêchés pour 25.000 chrétiens. Lorette est proche,

et l’Adriatique. La brume qui se lève met fin aux activités du photographe. Au bas de la première feuille, le Père fait une remarque :   "en revenant de Lorette,

après Passo di Treja, se trouve, sur le chemin a droite qui conduit a Treja, "Sainte Véronique". En revenant de Lorette, le Père n'a  pas suivi ce chemin, mais celui de Macerata. Alors ? Nous avons cherché, pendant une bonne demi- heure, et poussé jusqu’à Treja, "une jolie villette, disait Montaigne,   dans une belle assiette". Mais de Sainte Véronique, point. Peut-être avons-nous mal cherché. Mais peut-être     s’agit-il encore d'un ermitage alors existant, que le Père note sur ses tablettes pour mémoire.

 

Le voici donc arrivé a Lorette, sans doute pour la fête de la Présentation. Il va y rester jusqu'au lundi 30 novembre.

 

Nous avons suivi la route de notre pèlerin. Mais comment lui l'a-t-il parcourue? Comment a-t-il ensuite passé ces huit jours auprès du sanctuaire vénéré ? Il a été d'une discrétion absolue à ce sujet. Nous pouvons nous en faire une idée d'après un opuscule qu'il a rédigé a l'intention des "bandes de piété" des séminaristes d'Issy. "Des pèlerinages lointains sous forme de règlement". Il comprend trente-neuf articles, certains assez longs. Il faut y ajouter un complément de quatre pages, destiné spécialement au pèlerinage de Chartres. Ces textes se trouvent a la fin du volume "Ecrits Spirituels du Vénérable LIBERMANN". La messe, l'oraison, le Rosaire, les Psaumes, la lecture de l'Ecriture Sainte forment la trame de ses journées. Au n° 26, il dit : "En entrant dans les villes et les villages, on ira droit a l'église pour visiter le Très Saint Sacrement ; on y fera sa visite lorsqu'on en trouvera les portes ouvertes ; sinon on adorera Notre-Seigneur en esprit et en affection en s'agenouillant devant la porte".

 

Mon reportage photographique est donc incomplet, il aurait fallu montrer l'une ou l'autre de ces églises, généralement anciennes et fort belles. Au n° suivant, il est dit : "tous les matins et tous les soirs, on fera une visite d'un quart d’heure ; ce sera dans la première église qu'on trouvera ouverte". Le Père ajoute aussi une série de cinq défauts à éviter. En voici le premier : "Il faut éviter un sérieux trop grand et la contention d'esprit que la continuité des exercices pourrait engendrer. Il ne faut pas trop s’appliquer à ces choses, mais se conserver dans une douce liberté devant Dieu et dans une sainte gaieté et tranquillité intérieures".

 

Ce qu'il a dit pour Notre-Dame de Chartres, il va le réaliser à Lorette : "Aller dans les intentions de notre Bonne Mère, qui a bien voulu nous appeler à elle pour faire ses affaires, lui remettre le soin des nôtres, pour coopérer a sa charité immense pour la sanctification des âmes, par l'abandon que nous lui ferons de toutes nos prières et bonnes œuvres, nous unissant à elle comme de bons enfants, pour ne plus faire qu'un avec elle... Marie n'est pas ingrate, elle n'oublie pas ceux qui s'oublieront entièrement pour elle".

 

Le Cardinal PITRA a de fort belles pages sur le séjour à Lorette. Il parle du bonheur de LIBERMANN à s'agenouiller à l'endroit même ou le Verbe s'est fait chair, de l'émotion du Juif converti, qui retrouve là une partie de la terre des ancêtres. Il venait aussi confier à Notre-Dame cette Oeuvre qu'il portait en lui, cette Congrégation missionnaire qu'on lui demandait de fonder et qu’il avait dédié a son Saint Cœur,en même temps que son ordination sacerdotale. Il venait lui demander d'unir ces deux choses, ou de les séparer à jamais ; de renvoyer a d'autres prêtres plus dignes que lui la glorification de son Cœur maternel par un nouvel apostolat ou d'écarter les ombres qui obscurcissaient sa voie... d'expliquer enfin l'attrait si puissant qui semblait l'appeler a la contemplation, au désert.

 

Notre-Dame de Lorette répondit à sa confiance. Il sut, à ne plus pouvoir douter désormais, que tôt ou tard les dernières difficultés s'aplaniraient et qu'il serait prêtre (cf PITRA, I.III, Ch. XI). Le Père Marcellin COLLIN, (qui fut premier assistant de la Congrégation, témoigne au procès apostolique : "C'est dans son voyage que le Serviteur de Dieu eut, à Rome et à Lorette, l'intime conviction qu'il serait entièrement guéri et pourrait avancer aux Ordres sacres et lorsque j'ai voulu entrer dans les détails de cette persuasion, je n'ai jamais pu avoir de réponse (N.D.II, p.223). D'autres ont fait la même remarque.

 

LIBERMANN passa donc huit à neuf jours à Lorette, résidant sans doute dans une dépendance de couvent destinée aux pèlerins pauvres. La plupart du temps il était dans la petite Maison de Nazareth, y passant peut-être une nuit ou deux : on accordait assez facilement ce privilège. La ville ne devait guère l'intéresser ; on peut d'ailleurs en faire le tour en moins d'une heure.

 

Après une dernière matinée passée auprès de Marie pour unir son Fiat au sien, il reprend la route dans l'après-midi du lundi 30 novembre. Un indice qui indique qu'il est maintenant sûr de lui, c'est son carnet de route, qui devient précis, aussi bien dans l'indication des lieux traversés, des haltes, des distances et même des dates. Il suit d'ailleurs l'itinéraire normal. Mais à Foligno, il tourne à droite et prend la direction d'Assise. St François est son patron, il a une grande dévotion pour lui. Il va d'ailleurs se faire inscrire au Tiers Ordre. Mais remarquez le tracé de la route suivie : en haut en noir, en bas en rouge. Cela demandera une explication.

 

Le jeudi 3 décembre, LIBERMANN part de Casenove, passe  a Foligno et arrive dans la soirée à  Notre-Dame des Anges. La basilique rappelle un peu celle de Lorette

et, comme elle, abrite un petit édifice, qui est l'ancienne chapelle de Notre-Dame des Anges, dite de la Portioncule (si je ne me trompe, un lieu-dit). C 'est la troisième des petites chapelles restaurées par St François,                   c'est la

qu'il comprit sa vocation, qu'il se retrouvait avec ses frères, c'est là qu'il mourut. En voici l'intérieur. Le Père y fait ses dèvotions et passe la nuit sans doute chez les Franciscains.

 

Le lendemain matin, il se rend a Assise toute proche. Sans tarder il rejoint la basilique de Saint­ François. Il va rester a Assise pendant quatre jours,

jusqu'au mardi 8 décembre. Il a donc tout loisir de visiter les grands sanctuaires franciscains : San Damiano, la première des chapelles restaurées par François, qui fut donnée ensuite a Sainte Claire. Sainte Claire y passa toute sa vie, dans une extrême pauvreté volontaire. Le réfectoire en témoigne, ainsi que l'intérieur de la chapelle. Il y a une belle église, dédiée à Sainte Claire.

Plus loin dans la montagne se trouve l'ermitage des Carceri.

                                                               ,

Dans l'après-midi du 8 décembre, LIBERMANN revient à Foligno ou il passe la nuit. Mais au lieu de continuer vers Rome le lendemain, voilà qu'il entreprend un grand tour, qui, par Montefalco et Bevagna le ramène à la Portioncule, dans la seule journée du mercredi. D'après ses indications, cela représente 32 milles, soit une cinquantaine de kilomètres. Or nous sommes a la saison ou les jours sont le plus courts. Il est donc à peu près certain qu’il a fait le trajet en voiture (effectivement,sur le total de son pèlerinage, il a fait 33 milles en voiture). Au revers de la deuxième feuille du carnet, se trouve cette note et c'est le seul

détail donné par la Père pour tout le pèlerinage : "Montefalco : B. Claire, bien conservé son corps souple et pliable. Crucifix et fouet de chair trouve dans son

cœur; son cœur conservé... Le Père est donc allé vénérer ce jour une Claire, qui n'est pas celle d'Assise, mais celle de Montefalco. D'abord recluse (ermite) puis moniale, puis abbesse du Monastère de la Ste Croix de Montefalco (elle y meurt en 1308, et ne sera canonisée que le 8 décembre 1881), Claire de la Croix fut une grande mystique, avec une ardente dévotion pour la Croix (d'où la présence de la croix dans son cœur). Connaissant admirablement les Saintes Ecritures, elle exerça une grande influence en son temps et était en relations, écrites ou orales, même avec les Cardinaux de Rome. On comprend que LIBERMANN a voulu profiter d'une occasion pour honorer et prier cette sainte... et fêter Notre-Dame de Lorette le lendemain, 10 décembre, à la Portioncule.

 

Mais cet extra l'a mis en retard et la fatigue commence à se faire sentir. Le vendredi 11, sans doute dans la longue montée vers Spoleto "La Montagneuse", les forces le trahissent. Alors il lance un appel confiant à la Bonne Mère, et voici qu'il avance gaillardement, comme si son bâton l'entraînait et il arrive sans peine au sommet de la côte. Il dépasse Spoleto en direction de La Strettura et n'arrive pas à trouver un abri pour la nuit. Finalement de pauvres gens l'accueillent. Ici se situe le "miracle". Le Père lui-même en a parlé ; on en a un certain nombre de relations et autant de variantes. En bref, dans la maison, il y avait un enfant -fille ou garçon ?- qui hurlait de douleur, ne pouvait rien avaler, qu’aucun remède ne soulageait. Avec son calme habituel, LIBERMANN exhorte les pauvres gens a la confiance. "J'ai là, dit-il, des graines et des feuilles que j'ai cueillies près de la tombe de la sainte (note : sans doute Claire de Montefalco ou Angèle de Foligno. Faites-en une tisane". On s’empresse et on apporte un verre plein de liquide. "Inutile de faire avaler tout cela a l'enfant". Il trempe un doigt dans la tisane et mouille les lèvres du malade. Aussitôt ses cris et ses convulsions cessent et il repose, calme. Vous devinez les réactions de la famille : "C'est votre foi, c'est la puissance de la Sainte qui a guéri l'enfant, ce n'est pas moi" ; il le redira toujours. Le lendemain il s'esquive de grand matin, "laissant dans la chambre le prix ordinaire de son souper et du logement qu'on lui avait accordés". Ce détail est donné par le Père JEROME dans un manuscrit inédit (Origine, Commencement de la Congrégation du Saint Cœur de Marie, in N.D.Compl.p.24). LIBERMANN avait bien une petite réserve financière !

 

Finalement le Père revint a Rome dans la soirée du mardi 15 décembre. Fatigué ? sans doute. Les vêtements l'étaient sûrement ; ils n'avaient pas résisté aux épreuves de la route. Le 13 juillet 1853,le Père LANNURIEN,le fondateur du Séminaire français de Rome, interwievait Madame PATRIARCA, qui lui dit entre autres : "Quand il rentra chez nous, il était quasi tout nu ; les souliers

étaient déchirés, ses habits en guenilles et en lambeaux". La brave dame aura du travail pour quelques jours. Mais le èere, dès le lendemain, écrit une longue

lettre à un Monsieur DUPONT,qui avait besoin d'être remonté(plus de huit pages,      imprimées !). Du pèlerinage il n'est question que dans le P.S., dans lequel le Père lui dit qu'il a pensé a lui "dans la petite maison de Marie à Lorette".

               

De bonnes nouvelles lui avaient rendu joie et entrain, effacé toute fatigue. La réponse de Marie à son pèlerin,      c'était cette lettre de son frère lui disant

qu'on l'attendait a Strasbourg pour l'ordination au sous-diaconat, cette autre lettre de l’archevêché de Paris, l'informant que tout était en règle pour cette ordination, cette troisième d'Eugène TISSERANT lui disant qu'il allait être ordonne prêtre et partirait pour Ile Maurice avec le Père LAVAL ;une quatrième enfin du bon Monsieur PINAULT qui lui renvoie les 500 francs refusés en juin,500 francs qui suppriment tout problème financier pour le retour. Il reste donc à LIBERMANN à mettre de l’ordre dans ses affaires, à terminer la rédaction de la Règle,à faire les visites indispensables, à préparer et à fêter Noël avec les PATRIARCA et dans la basilique Sainte Marie-Majeure où l’on conserve la crèche. Il sera prêt ainsi à rentrer en France au début de janvier, après une année passée à Rome.

 

Une lettre adressée à l'Abbe CARRON, le ler janvier 1841, me fournira la conclusion.

 

LIBERNANN écrit : "Pour un pauvre homme comme moi, la meilleure chose à faire serait de se cacher dans quelque coin du monde, pour y être négligé et oublié de tous, pour n'avoir plus aucun rapport avec personne, pour passer ainsi cette misérable vie dans la retraite, attendant le grand jour de Notre-Seigneur. Ce serait là mon plus grand désir. Mais cela ne parait pas être la volonté de Notre-Seigneur. J'en suis peiné et attristé, mais il faut marcher, le Maitre le veut ainsi (N D 119 148-149)". "I1 faut marcher, le Maître le veut" : voilà la phrase clè. Pendant des années, LIBERMANN a buté sur un mur, sur des barrières fermées. Mais il ne s'est jamais résigné à abandonner ; il a marché dans l'obscurité, dans la souffrance, dans la foi indéracinable du Juif et du converti. Notre-Dame de Lorette lui a montré la volonté du Maître ; il doit apporter à toute une partie de l'humanité les bienfaits de la Rédemption, la Bonne Nouvelle du Salut. Pour cela il aura la Croix à porter. Il l'accepte avec amour. Il marchera, sans faiblir, jusqu'à la mort.

http://spiritains.org/sources/libermann/libhist/peleslibermannitalie/peleloreto.htm

 

 

 

 

(1ère feuille)

... plus moitié chemin de Spolète à Le­veni

- après Leveni, à 1/2 1. ou 3/4 1., Chiesa Tunda (ou Funda)

- environ 6 milles de Foligno - La ri­chiana vers sa... grande plaine

- à peu de distance dans la plaine (Casenuove) - une maison qui a l'air d'une auberge à 3 milles environ de Casenuove

- Colfiarito à 2 ou 3 milles plus loin.

- 5 milles plus loin Serra­valle - hors du chemin et sur la route de Macerata Stochi, à 3 milles de Serravalle

- à 5 milles de la.Muc­cia - Nicolone - Camerino

- 5 milles de là - Castel-raimondo

- à un mille de là, quelques maisons

- San Severino, 5 milles

- Passo di Treja, 10 milles

- Passo di Macerata, 7 milles

- Huillo (?) 7 milles - Belci­mara.

- En revenant de Lorette (3 milles), après Passo di Treja, se trouve, sur le chemin à droite qui conduit à Treja, Sainte-Véronique.

 

(2e feuille).    Libermann quitte Loreto le lundi 30 novembre

Lundi :          Recanati, 5 (milles);

Mardi :          Macerata, 10; Tolentino, 13; Valamara, 8;

Mercredi :     Serravalle, 16; Colfiarito, 5; Casenuove, 5;

Jeudi :          Fo­ligno, 10; Notre-Dame des Anges, 9;

Vendredi :     As­sise, 1; resté jusqu'au  8 décembre;

Mardi :          d'Assise à Foligno, 10;

Mercredi :     à Montefalco, 7; Bevagna, 14; Notre-Dame des Anges (Portioncule), 11;

Jeudi :          Foligno, 9;

Vendredi :     Spoleto, 18; de plus, 5, dans une auberge avant la Struttura;

Sa­medi :       La Struttura, 4; Terni, 5; Narni, 9;

Dimanche :    après dîner : Otricoli, 9, Borghetto, 7;

Lundi : Civita Castellana, 5; Nepi, 9; Monterosi, 5; Sette Veni, 3; Baccanaccio, 4;

Mardi :          La Storta, 9; Rome, 9.

 

Total de Lorette à Rome    161

De plus pour Assise et Montefalco      51

Total    212

Là dessus fait en voiture...                          -      33

Reste fait à pied    179

 

Le mille romain équivaut à peu près à 1 kilomètre et demi. Par le compte de la seconde feuille, on voit que le Vénérable Père quitta Lorette le lundi 30 novembre et arriva à Rome le mardi 15 décembre.

 

Au revers de la même feuille, on lit cette mention : Montefalco : B.Claire; bien conservé son corps souple et pliable. Crucifix et fouet de chair trouvé dans son coeur; son coeur conservé; un vêtement se conserve; trois boules trouvées, dans le fiel, l'une aussi lourde que l'autre et que les deux.

http://spiritains.org/sources/libermann/libhist/peleslibermannitalie/peleloreto.htm

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