Loreto, 11 novembre 2019

                                               

 

                                                          Cher Pèlerins, 

 

            

            Comment ne pas rendre grâce au Seigneur pour tant de bienfaits en ces temps: la visite du pape François le 25 mars dernier, l’inscription au calendrier liturgique du Missel Romain Générale, la mémoire facultative de la Bienheureuse Marie Vierge de Lorette ; Ainsi, le 10 décembre de chaque année, en chaque partie du monde, on pourra célébrer la Mémoire de la Vierge Marie de Lorette et non des moindres, c’est le grand don de cette Année Sainte !

 

            Le Pape François, en fait, a bien voulu concéder le Jubilé Laurétain pour le centenaire de la proclamation de la Bienheureuse Vierge Marie de Lorette, comme patronne de l’aéronautique. C’est un événement qui appartient à tous les fidèles, à ceux qui sont parties prenantes du monde de l’aviation, les salariés et les passagers, et pour ceux qui rejoindront comme pèlerins la sainte Maison de Lorette venant de chaque partie du monde. Ouvrons nos cœurs au don de ce Jubilé.

 

Année Sainte : année de grâce

 

            La parole « Jubilé » a son origine dans le mot hébreux « yobèi », la corne d’airin que l’on sonnait pour ouvrir l’année jubilaire  et de ce terme dérive le  terme hébraïque à  dériver le terme latin « jubilaeum » pour désigner la célébration chrétienne. En outre, dans la langue latine « jubilum » signifie joie : voici qu’alors le Jubilé est un don à accueillir et à vivre dans la joie.

 

            Remercions le pape François  pour le grand don de l’Année Sainte, du 8 décembre 2019, solennité de l’Immaculée Conception, au 10 décembre 2020. L’événement religieux, avec le rite de l’ouverture de la Porte Sainte présidée par son Eminence le cardinal Pierre Parolin, secrétaire d’état, est destiné à promouvoir la sainteté de la vie. « Soyez saint car Moi, le Seigneur, votre Dieu, je suis saint(Lv 19,2), qui peut signifier: « s’envoler, ne pas avoir peur, ne pas laisser rouiller le moteur de ton cœur. »

 

            C’est cette grâce que le pape François nous invite à demander dans la prière composée pour l’Année Sainte Laurétaine :la grâce de voler haut avec notre esprit. Et que signifie « voler haut », sinon répondre dans le concret de la vie quotidienne, à tout appel à la sainteté, comme nous l’indique le saint Père dans son exhortation apostolique « Gaudete et exultate ? 

 

 

N’aie avoir peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas, force, vie et joie. Au contraire, tu arriveras à être celui que le Père a pensé quand il t’a crée, tu seras fidèle à ton propre être.

 

 

2. Tout chrétien, dans la mesure où il se sanctifie, devient plus fécond pour le monde. N’aie pas peur de viser plus en haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser conduire par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rendra pas moins humain, c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme le disait Léon Bloy, dans la vie « il n’y a pas qu’une tristesse, celle de ne pas être des saints.»(Gaudete et exultate, 32-34) et encore : «  être saint n’est pas le privilège de quelques-uns, comme certains qui auraient reçu un gros héritage; tous, par notre Baptême, nous avons reçu l’héritage de pouvoir devenir saints. La sainteté est une vocation pour tous. (pape François, Angelus 1 novembre 2013).

 

Le vol : métaphore de notre vie.

 

            La Sainte Maison, transportée envol par les anges selon l’antique tradition, à inciter les aviateurs pendant la première Guerre Mondiale à se confier à Marie, leur sainte patronne principale. A cette époque, les avions étaient appelés familièrement « maisons volantes ». Ainsi, le pape Benoît XV, le 24 mars 1920, déclarait la Bienheureuse Vierge Marie de Lorette «  Patronne principale auprès de Dieu de tous les aviateurs».

            Aujourd’hui, nous pouvons voler dans le monde entier en peu de temps, connaître l’extraordinaire variété de l’humanité et tisser des relations profondes, promouvant la fraternité entre les peuples et favorisant un futur soutenu au niveau environnemental, social et économique. Les avions - autrefois ‘maisons volantes’-  sont devenus des ponts qui unissent les hommes et rapprochent les continents.

 

3. Le vol des avions inspire également la métaphore de notre existence : nous sommes appelés à ‘voler haut’, car le Seigneur nous veut saints. Le concret  de notre vie devient chaque jour la piste pour décoller et voler haut. Et si, parfois, nous ne nous souvenons plus comment voler, confions-nous au Seigneur qui est tout prêt à nous aider et puisons en sa force afin de ne jamais capituler. Les voies de la sainteté sont variées et adaptées à la vocation de chacun. Beaucoup de chrétiens se sont sanctifiés au travers des conditions ordinaires de la vie. C’est l’heure de re-proposer à tous, avec conviction, cette haute mesure de la vie chrétienne au quotidien. (Lettre apostolique pour le nouveau millénaire, n° 31)

 

La trajectoire de ce Jubilé : la sainteté pour tous

 

            J’ai conservé le souvenir vif d’un récit qui m’a frappé en mon enfance. Il se rapportait un événement arrivé dans un aéroport. Une stupeur, comme un ouragan avait investi tous les passagers d’un avion qui s’apprêtaient à embarquer. Un steward, après avoir vérifié que tous les passagers étaient à bord, ferma la porte de l’appareil. L’avion ne décollait pourtant pas. Puis subitement, un homme, de l’extérieur, commença à frapper avec force sur la porte, demandant que l’on lui ouvre. Le steward avec fermeté lui répondit que le temps d’embarquer était terminé et qu’il n’était plus possible de monter. L’homme continuait à frapper à la porte. Alors une femme qui assistait à la scène, s’approcha du steward et l’invita à ouvrir la porte. L’homme entra : c’était le pilote. » 

 

            Le risque est aussi pour nous de laisser à terre, le pilote de notre vie, le Christ Seigneur. Et Marie est la Femme qui nous aide à Lui ouvrir la porte de notre vie afin qu’avec Dieu, nous n’ayons rien à craindre. Il se tient à la porte et frappe (cf Ap 3,20), appelant constamment pour entrer. C’est à nous de Lui ouvrir, Lui de prendre place et nous, de nous laisser guider par Lui, afin qu’il dirige le vol de notre existence.

 

4. Le chemin de sainteté est vivre avec le Christ(Phi,1,21), qui donne à toute vie, un nouvel horizon et par là, la direction décisive (Deus Caritas est,1). 

 

Voici le sens authentique et profond de ce Jubilé : nous tourner vers le Seigneur, renouveler notre confiance en Lui et nous laisser porter « vers le haut » par Lui,  pour vivre la vie dans le souffle de l’Esprit, nous enlevant des réalités qui peuvent l’alourdir, voire l’écraser et l’emprisonner.

 

            La Sainteté pour tous est donc le contenu spirituel et le cap que ce Jubilé  nous propose d’accueillir afin de donner une nouvelle forme et une plus grande espérance à notre quotidien.Ainsi, Marie et Joseph ont témoigné dans l’humilité et simplicité  de la «  Sainte Maison ». Marie a vécu sur la terre une vie commune comparable à tous, pleine de sollicitudes familiales et de travail (Apostolat des laïcs, n°4). Une sainteté ordinaire, pourrait-on dire, quasi de femme au foyer, qui intéresse et imprègne la vie quotidienne de l’Eglise et de la société et à vivre dans les situations concrètes dans lesquelles nous sommes.

 

            Volons haut car seul du Très Haut, avec les yeux de Dieu, nous pouvons comprendre la signification profonde de notre vie, du monde, et de l’Eglise.

 

            Volons haut, mais avec les pieds sur la terre car être saint ne signifie pas « penser vaguement des choses», ou de contempler des choses extraordinaires mais de faire les choses ordinaires de façon extraordinaire, c’est à dire avec foi, et beaucoup d’amour, comme cela a été dans la Maison de Nazareth.

 

            Marie nous soutient dans cette œuvre de rendre plus généreux notre « OUI » dans la quotidienneté  pour faire de notre vie, la Maison de Dieu, la vérité de sa présence. Et pour cela, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieux, ou religieuse. Tous, nous sommes appelés à être des saints vivants avec l’amour et offrant le témoignage personnel dans les occupations de chaque jour, là où on se trouve. Tu es une consacrée ou un consacré ? Sois saint, vivant avec joie ta donation. Tu es marié ? Sois saint, aimant et prenant soin de ton mari ou de ta femme comme le Christ l’a fait avec l’Eglise. Tu es un travailleur ? Sois saint, accomplissant avec honnêteté et compétence ton travail au service de tes frères. Tu es parent ou grand-mère ou grand-père ? Sois saint, enseignant avec patience aux enfants, à suivre Jésus. Tu as autorité ? Sois saint luttant en faveur du bien commun et renonçant à tes intérêts personnelles (Gaudete et exultate, n° 14). 

 

            Ainsi la vie remplit le cœur de joie, de ce bonheur intérieur, que saint François d’Assise a éprouvé car il est Don de Dieu. Celui qui suit  l’invitation de Jésus dans le sermon des Béatitudes, l’éprouve en propre.

Les coordonnée du vol : les Béatitudes

 

            « Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux les affligés, les affamés, les doux, les assoiffés de justice, les miséricordieux, les purs de cœur, les artisans de paix, les persécutés, car le Royaume des Cieux est à eux » (cf Mt 53-10). En cette année de grâce, il sera précieux de méditer et de vivre les béatitudes évangéliques dans notre vie quotidienne évangélique.

 

            Dans l’esprit des béatitudes, nous pouvons reconnaître le visage de l’homme, peut-être notre propre visage, car dans le mystère des béatitudes, incarné dans la vie du Christ, se trouve la vraie lumière, le mystère de l’homme (cf Gaudium et spes,22). On est être bienheureux lorsqu’on reconnaît sa propre pauvreté, sa condition de créature et qu’avec humilité, on se confie à qui oriente le but de sa vie ; c’est  un bonheur pour l’affamé et le chercheur de sens et de justice, il garde en son cœur, un désir de vie remplie et le poursuit avec passion ; c’est un bonheur contenu dans un sourire illuminant un visage rempli de larmes, c’est un bonheur qui peut surgir après une nuit de haine, de violence, de médisance gratuite, d’opposition égoïste. … Car le Seigneur n’abandonne jamais, la vie de ses fils, aux forces du mal; pour chacun, il a un dessein d’amour. Marie a cru à la promesse de bonheur de Dieu.

 

En haut avec Marie, Reine et Porte du Ciel. 

 

            Le logo et  la prière du Jubilé reprennent la Litanie Laurétaine :Marie Reine et Porte du Ciel. Marie nous mène à Jésus : nous pouvons nous confier à Elle car Elle a partagé jusqu’au bout le mystère de la Rédemption de son Fils Jésus. Elle fut étonner d’être regardée par Dieu,  qui a comblé son cœur de confiance et elle n’a pas hésité à Lui dire son « Oui ». Elle nous exhorte : « faîtes tout ce que Jésus vous dira » (Jn 2,5), afin de transformer l’eau de notre quotidien en vin de joie et de paix. Avec son «OUI » total, au dessein de Dieu, sous l’ombre de l’Esprit Saint,   cheminant hors de sa Maison, Marie a montré le but finalde son aventure terrestre : le Paradis. Il Lui est aussi arrivé d’affronter des obstacles, des «turbulences » et d’être dans l’inquiétude ;  toutefois, les difficultés n’ont pas été un motif pour Elle de dire « non » mais poussée à regarder au delà des doutes, Elle s’est tournée vers Dieu, avec le même sentiment de Jésus : « abba Père, non pas ceux je veux, mais ce que tu veux ».( Mc 14,36)

 

            Nous, pauvres pécheurs, nous l’invoquons maintenant et à l’heure de notre mort car gardienne céleste, Elle nous prend par la main et nous rend possible l’accès à son Fils : à  « Mariam ad Jesum », à Jésus par Marie. Nous aidant à ouvrir la porte de notre cœur à Jésus Sauveur, nous accourons toujours ainsi à Elle pour que notre vol puisse aller dans la bonne direction, jusqu’à la rencontre du Ciel, soutenu par la foi, l’espérance et la charité.

 

7. Cette foi et cette charité est le fruit de l’expérience de voler et de la volonté de continuer à marcher,  regardant le Ciel,« pour que là où l’on a marché, là on veuille revenir »(Léonard de Vinci). Cette espérance nous fait dire avec le psalmiste : Dieu seul est mon espérance et ma gloire(Psaume 61). 

 

 

            Un homme était entrain d’observer un enfant qui était seul dans une salle d’attente d’un aéroport, attendant l’annonce du départ du vol. Quand l’embarquement débuta, l’enfant fut conduit par l’hôtesse à son siège, proche de la fenêtre. Fortuitement, l’homme qui l’observait, avait son siège à côté de l’enfant. Durant le vol, l’enfant tira hors de son sac, un livre et quelques crayons de couleur commençant à colorier. Il démontrait ainsi qu’il n’avait ni angoisses, ni préoccupations du fait du voyage en avion. Subitement, l’avion rentra dans une grosse tempête et tous les passagers furent très effrayés. Des personnes criaient, priaient, se cramponnaient à leur siège. L’enfant semblait être dans un autre monde, encore concentré sur ses dessins comme s’il était assis paisiblement dans le salon de sa maison. Finalement, la turbulence cessa et ce furent des soupirs de soulagements … quelques-uns  dirent : « regardez un peu, nous les adultes, nous étions épouvantés, et cet enfant était tout tranquille » Alors une dame, encore très éprouvée par la situation et quasiment sans voix, demanda à l’enfant : » tu n’as pas eu peur, comment as-tu fait ? » Avec une voix d’une absolue sérénité et levant le regard de son livre, l’enfant répondit :« non, je n’ai pas eu peur, mon papa est le pilotede cet avion» !

            Ravivons en nous la certitude que le Père nous aime(Jn 16,27), qu’Il conduit notre vieselon son dessein d’amour et de salut.

 

 

8. Celle-ci est la racine de notre espérance ! 

 

            Avec Marie, traversons la Porte Sainte

 

            Unissons alors nos voix dans le cantique de louange et de gratitude de Marie : mon âme exalte le Seigneur (Lc 1,47). Chantons la joie d’être sauvé (Ps 50) et de trouver en Elle, la direction lumineuse afin de nous laisser renouveler par son Fils Jésus. Laissons-nous prendre par la main de la tendresse de Notre Mère pour traverser avec humilité la Porte Sainte, qui n’est autre que Christ-Jésus. Ce sera Lui qui nous soulèvera vers les hauteurs, et avec la grâce des Sacrements, nous restituera la beauté initiale. Il sera la Lumière qui oriente notre chemin, la boussole pour ne pas perdre  la trajectoire du vol ; Voilà la grâce à accueillir afin que notre joie soit complète(Jn 15,11) !

 

Gaudete et exultate ! 

 

            Que l’exhortation apostolique du Pape nous conduise à la sainteté sur notre route jubilaire dans notre monde contemporain.

 

                                   

                                               Bon Jubilé à tous ! Je vous bénis. 

 

 

 

                                                           ✚Fabio, archevêque de Lorette

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